19 juillet 2012 – Chapitre 1


Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre1.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

Samedi 11 octobre 2008, 15 h 12

Océane Petit-Jean a en ce jour quinze ans. Dans le village de Saint-Colbert de la Montagne, elle est la plus ravissante demoiselle de son âge. Sa rousse chevelure rappelle la lune lorsqu’elle s’habille d’orange. Son visage flamboie comme le reflet d’un soleil. Ses yeux scintillent tels des joyaux. Des émeraudes, dirait-on, verdoyants lorsqu’un rayon les traverse. En somme, Océane miroite autant que le laisse entendre son nom.

Olivier Delisle a lui aussi quinze ans et demeure dans le même village. Il est plutôt séduisant, bien que d’un physique quelconque. Ses cheveux sont bruns et il les porte en bataille. Sans être svelte, il n’est pas gros non plus. Sa peau bourgeonne de temps à autre et son nez souffre d’un léger embonpoint. Somme toute, Olivier est un garçon ordinaire. Mais, de petites commissures apparaissent sur ses joues lorsqu’il sourit. De jumelles fossettes lui conférant un charme certain.

En ce moment, ils sont tous deux au Repaire, une cabane perchée sur un saule pleureur, en plein cœur de la montagne. Avec leurs amis Édith et Jeremy, ils ont construit ce refuge il y a quelques années. L’endroit est depuis l’emblème du quatuor. Sa porte de bois est d’ailleurs ornée de leurs initiales, gravées à la pointe d’un canif.

Demoiselle à la noire tignasse, Édith est absente aujourd’hui. Elle est chez sa vieille tante de Montréal. Cette dame, Miranda de son prénom, frôle la mi-cinquantaine. Sa nièce l’apprécie vraiment, malgré ses quelques excentricités. Condamner une pièce d’un logement pour en faire un jardin n’est pas exactement conventionnel. Mais bon. Édith n’en a que faire. Elle aime sa tante et voilà tout. Elle la visite d’ailleurs plusieurs fois par année.

Petit blondinet fort sympathique, Jeremy est ailleurs lui aussi. Souvent, il aime se rendre à la bibliothèque. Il y lit certainement quelques livres, mais Olivier le soupçonne de faire de l’œil à la bibliothécaire. Stratagème immémorial : séduire la mère pour atteindre la fille. Dans le cas présent, la fille de la mère se nomme Édith. Aux yeux d’Olivier, c’est clair comme de l’eau de roche, tout comme ses propres sentiments sont limpides.

Il est seul au Repaire, avec Océane. Depuis un moment, tout n’est plus pareil lorsqu’il la regarde. Il se délecte de la moindre parcelle de peau qu’elle laisse entrevoir. Il s’enivre de son odeur, celle d’un quartier de pomme saupoudrée de grains de sucre. Pour elle, il ressent un bourdonnement d’abeille qui parfois lui pique le cœur. Ça ne fait pas mal, oh ça non! La sensation nouvelle est agréable, voire enivrante. Selon lui, il est amoureux.

Seul avec elle, il s’apprête à tenter une approche. Il ne sait que faire. Il veut l’embrasser, peut-être glisser une main sous son chandail. Pourtant, il demeure immobile, outre de légers tremblements qui accompagnent sa nervosité. Il est à peine conscient de ce qu’elle raconte. Toute son attention est portée sur cette bouche qu’il veut déguster, et non sur les paroles qu’elle prononce. Océane éveille le moindre pore de sa peau. Toutefois, Olivier est littéralement paralysé.

Il ferme les yeux; se livre bataille à lui-même pour se convaincre d’agir. Il se voit la faire taire d’un doigt délicatement posé sur sa bouche, puis s’approcher…

–          Ça va Oli? demande soudain Océane.

Il ouvre les yeux, embarrassé.

–          Oui… Je n’ai pas l’air d’aller?

–          Et bien. Je ne sais pas. Tu ne m’écoutes pas on dirait.

Non loin, un épervier se pose sur la branche d’un arbre. C’est alors qu’Olivier se décide à bouger. Il s’installe non plus face à son amie, mais à ses côtés. Il accompagne le mouvement de ces paroles :

–          Non, non. J’ai juste un peu froid. Et…

Il se tait.

Vingt centimètres le séparent maintenant des lèvres convoitées. Il est plus près d’elles que jamais jusqu’alors. Il prend une grande bouffée d’air. Il touche la joue d’Océane. À son tour, elle respire profondément. Son regard d’émeraude semble comprendre et ne point s’objecter.

–          Embrasse-la, se dit Olivier.

Il est incapable de s’obéir. Il est complètement figé. On lui aurait dit «statue», qu’il ne l’aurait pas été davantage. Au final, contre son propre gré, il s’entend dire :

–          Écoute Océane… Je… Et bien…

Doucement, elle pose un doigt sur sa bouche pour l’interrompre.

–          Fais-le Olivier, susurre-t-elle seulement.

Leur regard s’embrassent d’abord. Enfin, Olivier dépose ses lèvres sur les siennes. Un éclair muet déchire le ciel au même moment, en cette journée pourtant ensoleillée. Certains l’aperçoivent depuis la métropole. Le baiser perdure, s’intensifie. Il est savoureux.

À cet instant précis, pour la toute première fois, mais non la dernière, Olivier entend une voix dans sa tête; une voix qui lui dit et lui répétera jusqu’au jour qu’elle annonce :

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