19 juillet 2012 – Chapitre 4


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Jeudi 1er juillet 2010, 13 h 52 

–          Franchement Oli, je ne comprends pas l’idée.

Son incrédulité, Jeremy l’évoque en transportant une lourde boîte vers le tout premier appartement de son ami. Il s’arrête au pied de l’escalier extérieur et poursuit sur sa lancée.

–          Tes parents sont plutôt cool pour des vieux. Ils ne te chargent pas de pension. Pourquoi tu viens t’installer ici pour quatre cents dollars par mois?

Olivier parcourt les quelques mètres qui le sépare de son ami. Le charriot qu’il tire contient le reste de ses affaires, maigre butin d’un garçon de 17 ans. Le temps se chargera sûrement de l’ensevelir sous les possessions. En attendant, il entend :

« …19 juillet 2012… »

À ses côtés, Jeremy ressasse toujours son incompréhension.

–          T’as juste une jobine à temps partiel et pas un sou de côté. Tu dois gagner à peine ce que ton loyer va te coûter. Pour la bouffe, tu vas faire quoi? C’est pas gratuit, tu sais.

–          Arrête! Je vais m’arranger. Et, Océane va m’aider.

Jeremy ne répond pas. Il se renfrogne même. Sans qu’il ne lui ait jamais dit ouvertement, Olivier sait qu’il jalouse son idylle. Depuis le temps, il n’a jamais osé se révéler à Édith, si bien qu’ils sont tous deux seuls, s’aimant sans se le dire pourtant.

« …19 juillet 2012… »

–          Pourquoi tu ne fais rien? Tu l’aimes. Alors, dis-lui. Elle n’attend que ça.

–          Ça, c’est toi qui le dis.

Du sablier s’écoulent alors quelques grains. Jeremy se détourne finalement et entreprend l’ascension qu’il arrête aussitôt.

–          En tout cas, dit-il, c’est cher payé pour s’envoyer en l’air. Moi, je me paierais un motel sur la 7ème pour trente dollars la nuit.

L’arrivée soudaine de Camille Provencher empêche Olivier de répondre à la sottise. Cette petite dame habite le premier étage du triplex dans lequel il emménage. Elle a 65 ans et les porte à ravir.

Vêtue d’un imperméable jaune, elle est chaussée de bottes de pluie bleues claires qui lui montent jusqu’aux genoux. Sur sa tête trônent des lunettes de plongée et un tuba. Dans sa main droite, elle tient une puise et, sous le bras gauche, un bocal rempli de têtards baignant dans une eau verte.

Camille est une étrange. C’est du moins l’étiquette qu’on lui accole au village. Malgré tout, son accoutrement a de quoi hébéter. Les deux garçons le sont d’ailleurs. Un long instant, ils restent sans voix, les yeux plus ronds qu’ils ne le devraient. Consciente de l’effet qu’elle provoque, Camille brise le silence.

–          Je reviens de la pêche aux têtards, clame-t-elle plus qu’elle ne le dit.

Pour étayer ses paroles, elle soulève et brandit fièrement le bocal où nagent une vingtaine de larves visqueuses.

–          La pêche a été bonne, conclut-elle.

Gêné par son mutisme, Olivier la salue d’un bonjour.

« …19 juillet 2012… »

Du coude, il secoue son ami toujours médusé. Jeremy bredouille quelques mots inaudibles.

–          Édith n’est pas avec vous, constate la vieille dame. Dommage, j’aurais aimé avoir des nouvelles de sa tante Miranda. Je lui ai donné un chaudron, vous le saviez? J’en ai d’autres, ne vous en faites pas.

Elle se tait. Un volatile bleuté virevolte dans le ciel. Elle l’observe, ébahie, comme s’il était pure merveille. Il tournoie au-dessus de sa tête et elle suit le mouvement. Il s’approche de son visage, l’embrasse presque, puis s’enfuit de par les airs.

–          Comment elle va Miranda? S’enquiert ensuite Camille, comme si de rien n’était. Elle était une élève douée. Ma meilleure. Quoique, j’y pense… je n’en ai jamais eu d’autres.

Elle parle pour elle-même. Elle se fait la conversation. Elle n’attend aucune réponse.

–          Enfin. C’est bien dommage son départ pour Montréal. Moi qui ne quitte jamais Saint-Colbert, je ne l’ai plus revue depuis longtemps ma Miranda.

Tout comme Jeremy, Olivier est embarrassé. Visiblement, la vieille Provencher n’a plus toute sa tête. D’un geste discret, il suggère une esquive en douce, mais Camille le regarde subitement, comme s’il venait d’apparaître dans le décor.

–          Et toi, tu es Olivier, mon nouveau voisin.

« …19 juillet 2012… »

–          C’est ça.

–          Je suis contente de te voir arriver. Il y a bien trop longtemps que ce logement est vide. Un problème d’odeur à ce qu’il paraît. Moi, je n’ai plus de nez depuis 72. Je ne peux pas savoir. Mais, je vous le demande, qui voudrait d’un appartement qui empeste?

Elle monte quelques marches, se retourne, s’approche d’un pas et se courbe vers l’avant, conspiratrice.

–          Si vous voulez mon avis, chuchote-t-elle, ce doit être monsieur Béliveau du troisième. Il n’est plus très propre à son âge.

–          Je n’ai rien senti.

–          Tant mieux! s’exclame Camille en se redressant brusquement, éclaboussant ainsi l’escalier par l’eau de son bocal. Et bienvenue à toi.

Elle fait volte-face, puis entre chez elle sans plus mot dire. Le duo demeure stupéfié en la regardant disparaître.

–          Wow! Elle n’est pas bien la bonne femme.

–          Ouais. Méchant phénomène.

« …19 juillet 2012… »

À suivre…

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