Archive pour Écriture

Ultimement

Posted in N'importe quoi with tags , , on 26 octobre 2010 by JFR.Perras

– J’ai soif, supplie-je.

Elle daigne jeter sur moi son dernier regard, puis divulgue le chemin de la source :

Sur mille lieux, parcours d’abord la route pavée de pierres et cadavres, jusqu’au pied du mont aride. Compte trois jours sans nuit pour en conquérir le sommet, puis dévale le versant ouest pour atteindre la vallée des feux. Prends garde alors de survivre au cœur des bûchers.

Parvenu à sa porte, évite à tous prix la contrée suffocante. L’enfer lui-même ne saurait t’accabler d’autant de chaleur. Bifurque plutôt côté soleil et franchis le désert jonché de sable brûlant et de dépouilles desséchées. Huit cent soixante deux milles restes te conduiront à son terme.

Là se trouve le puits, ultime abreuvoir de la toute dernière goutte.

Post-scriptum / Désolé… j’avais froid. / Fin

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Tom – Tome 1

Posted in Tom with tags , , on 15 septembre 2010 by JFR.Perras

La tâche n’avait pas été de tout repos. Recommencer se révélait encore plus fastidieux. Mais, Tom n’avait pas le choix. Il devait valider le résultat de son calcul initial et ce, malgré la chaleur accablante sous le projecteur de 500 watts allumé pour la cause. Soigneusement, il s’affaira, au prix d’innombrables gouttes de sueur.

Enfin, déposant loupe et aiguille, il acheva sa besogne dans un soupir. Sans être l’exacte réplique du premier décompte, le second en confirmait néanmoins le sordide verdict. Au mieux, sa brosse à dent alignait 46 poils de moins qu’au moment de l’achat. Aucun doute ne subsistait dès lors : Le temps était venu de la remplacer.

Le ciel était bleu ce jour-là, et le soleil brûlait tranquillement au-dessus de Montréal. Tom s’extirpa de son appartement par la fenêtre du salon. Donner ses clefs à un voisin n’était finalement pas aussi commode qu’escompté. Depuis, il devait non seulement sauter du deuxième pour sortir, mais il dépendait dudit voisin pour entrer.

Bien que sa destination se trouvait à moins d’un kilomètre vers le sud, Tom emprunta le chemin du nord. De-là, il prit l’autobus pour aboutir au métro Jean-Talon, puis fila jusqu’à la station Fabre située juste devant la pharmacie. Même s’il triplait ainsi le temps du trajet, Tom savait qu’il épargnait très exactement 71 pas, savante économie pour ses godasses fabriquées au siècle dernier.

Les portes du magasin s’effacèrent à son approche. Sitôt entré, Tom arpenta les allées à la recherche des instruments de salubrité dentaire. L’hygiène se fragmentant en de multiples départements, il s’égara aux confins des dédales. C’est alors qu’il l’aperçut, derrière le comptoir pharmaceutique.

Elle était là, toute belle sous sa peau de sable poli. Jolie à ravir et délicieuse tout autant. De sa chevelure torsadée s’évadaient quelques mèches rebelles. De son profil émanait une délectable silhouette. De ses gestes découlait une fascinante jeunesse. De son regard s’échappait une sensuelle volupté.

Deux questions s’imposèrent alors :

Était-ce pour lui qu’elle avait revêtu ce flamboyant décolleté sous son sarreau ouvert?

Tom regrettait-il maintenant d’être toujours affublé de son pyjama?

À suivre…

C’est ici…

Posted in N'importe quoi with tags , , on 24 août 2010 by JFR.Perras

C’est ici que tout commence. On a beau dire et regarder ailleurs, il reste qu’à prime abord, c’est en ce lieu que tout s’initie :

Sous les feux d’une immaculé. Aux prémices d’une moitié de feuille. Devant une page blanche assortie à l’écran.

Et puis, surplombée d’icônes, la page se noircie. Elle s’efface ou se prolonge; s’harmonise, s’éparpille ou s’égare.

« A B C » me scande l’alphabet. Il faut voir à placer les mots dans le bon ordre et faire de même des idées, autant que faire se peut, et en autant que faire m’en dit.

Car, libre cours aux dérapages! L’efface d’aujourd’hui ne laisse aucune trace.

Elle est ornée d’une flèche ou sertie de trois lettres. Un simple « X » peut aussi tout défaire. Volatilisés, ils ne sont alors plus, ces mots qui jamais ne seront entendus.

Grand bien c’est. C’était n’importe quoi de toute façon. Un peu comme ceci, en somme.

Trio DK

Posted in N'importe quoi with tags , , on 14 août 2010 by JFR.Perras

Le lac de l’infini est un lac sans fin,
Le lac de l’infini est un lac sans fond,
Le lac de l’infini est un lac sans flanc,
Le lac de l’infini est un lac sans faille,

Le lac de l’infini est un lac fictif.

Un rien m’émeu,
Un pieu me tient,
Un chien me veut,
Un pneu me vient.

Il fait froid.
Il semble seul.
Il court curieusement.
Il marche maintenant.
Il boit bruyamment.
Il agit amicalement.
Il sonde sournoisement.
Il trouve tranquillement.
Il sait simplement.

Je dois le tuer.

Signé Donkey Kong

19 juillet 2012 – Chapitre 4

Posted in 19 juillet 2012 with tags , , on 4 août 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre4.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

« Lire le chapitre 3

Jeudi 1er juillet 2010, 13 h 52 

–          Franchement Oli, je ne comprends pas l’idée.

Son incrédulité, Jeremy l’évoque en transportant une lourde boîte vers le tout premier appartement de son ami. Il s’arrête au pied de l’escalier extérieur et poursuit sur sa lancée.

–          Tes parents sont plutôt cool pour des vieux. Ils ne te chargent pas de pension. Pourquoi tu viens t’installer ici pour quatre cents dollars par mois?

Olivier parcourt les quelques mètres qui le sépare de son ami. Le charriot qu’il tire contient le reste de ses affaires, maigre butin d’un garçon de 17 ans. Le temps se chargera sûrement de l’ensevelir sous les possessions. En attendant, il entend :

« …19 juillet 2012… »

À ses côtés, Jeremy ressasse toujours son incompréhension.

–          T’as juste une jobine à temps partiel et pas un sou de côté. Tu dois gagner à peine ce que ton loyer va te coûter. Pour la bouffe, tu vas faire quoi? C’est pas gratuit, tu sais.

–          Arrête! Je vais m’arranger. Et, Océane va m’aider.

Jeremy ne répond pas. Il se renfrogne même. Sans qu’il ne lui ait jamais dit ouvertement, Olivier sait qu’il jalouse son idylle. Depuis le temps, il n’a jamais osé se révéler à Édith, si bien qu’ils sont tous deux seuls, s’aimant sans se le dire pourtant.

« …19 juillet 2012… »

–          Pourquoi tu ne fais rien? Tu l’aimes. Alors, dis-lui. Elle n’attend que ça.

–          Ça, c’est toi qui le dis.

Du sablier s’écoulent alors quelques grains. Jeremy se détourne finalement et entreprend l’ascension qu’il arrête aussitôt.

–          En tout cas, dit-il, c’est cher payé pour s’envoyer en l’air. Moi, je me paierais un motel sur la 7ème pour trente dollars la nuit.

L’arrivée soudaine de Camille Provencher empêche Olivier de répondre à la sottise. Cette petite dame habite le premier étage du triplex dans lequel il emménage. Elle a 65 ans et les porte à ravir.

Vêtue d’un imperméable jaune, elle est chaussée de bottes de pluie bleues claires qui lui montent jusqu’aux genoux. Sur sa tête trônent des lunettes de plongée et un tuba. Dans sa main droite, elle tient une puise et, sous le bras gauche, un bocal rempli de têtards baignant dans une eau verte.

Camille est une étrange. C’est du moins l’étiquette qu’on lui accole au village. Malgré tout, son accoutrement a de quoi hébéter. Les deux garçons le sont d’ailleurs. Un long instant, ils restent sans voix, les yeux plus ronds qu’ils ne le devraient. Consciente de l’effet qu’elle provoque, Camille brise le silence.

–          Je reviens de la pêche aux têtards, clame-t-elle plus qu’elle ne le dit.

Pour étayer ses paroles, elle soulève et brandit fièrement le bocal où nagent une vingtaine de larves visqueuses.

–          La pêche a été bonne, conclut-elle.

Gêné par son mutisme, Olivier la salue d’un bonjour.

« …19 juillet 2012… »

Du coude, il secoue son ami toujours médusé. Jeremy bredouille quelques mots inaudibles.

–          Édith n’est pas avec vous, constate la vieille dame. Dommage, j’aurais aimé avoir des nouvelles de sa tante Miranda. Je lui ai donné un chaudron, vous le saviez? J’en ai d’autres, ne vous en faites pas.

Elle se tait. Un volatile bleuté virevolte dans le ciel. Elle l’observe, ébahie, comme s’il était pure merveille. Il tournoie au-dessus de sa tête et elle suit le mouvement. Il s’approche de son visage, l’embrasse presque, puis s’enfuit de par les airs.

–          Comment elle va Miranda? S’enquiert ensuite Camille, comme si de rien n’était. Elle était une élève douée. Ma meilleure. Quoique, j’y pense… je n’en ai jamais eu d’autres.

Elle parle pour elle-même. Elle se fait la conversation. Elle n’attend aucune réponse.

–          Enfin. C’est bien dommage son départ pour Montréal. Moi qui ne quitte jamais Saint-Colbert, je ne l’ai plus revue depuis longtemps ma Miranda.

Tout comme Jeremy, Olivier est embarrassé. Visiblement, la vieille Provencher n’a plus toute sa tête. D’un geste discret, il suggère une esquive en douce, mais Camille le regarde subitement, comme s’il venait d’apparaître dans le décor.

–          Et toi, tu es Olivier, mon nouveau voisin.

« …19 juillet 2012… »

–          C’est ça.

–          Je suis contente de te voir arriver. Il y a bien trop longtemps que ce logement est vide. Un problème d’odeur à ce qu’il paraît. Moi, je n’ai plus de nez depuis 72. Je ne peux pas savoir. Mais, je vous le demande, qui voudrait d’un appartement qui empeste?

Elle monte quelques marches, se retourne, s’approche d’un pas et se courbe vers l’avant, conspiratrice.

–          Si vous voulez mon avis, chuchote-t-elle, ce doit être monsieur Béliveau du troisième. Il n’est plus très propre à son âge.

–          Je n’ai rien senti.

–          Tant mieux! s’exclame Camille en se redressant brusquement, éclaboussant ainsi l’escalier par l’eau de son bocal. Et bienvenue à toi.

Elle fait volte-face, puis entre chez elle sans plus mot dire. Le duo demeure stupéfié en la regardant disparaître.

–          Wow! Elle n’est pas bien la bonne femme.

–          Ouais. Méchant phénomène.

« …19 juillet 2012… »

À suivre…

« Chapitre 3
« Chapitre 2
« Chapitre 1

J’y étais

Posted in N'importe quoi with tags , , on 29 juillet 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Jyetais.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

Tant de temps s’était écoulé. Tant de temps qu’à prime abord je ne l’avais point reconnu.

– Qui es-tu? demandai-je.

– Dis-le moi, l’entendis-je répondre.

Sous les brumes d’un nuage bleuté, nous fîmes silence alors. Une lumière lointaine azurait les pluies suspendues, vestiges de larmes déjà pleurées. Une parcelle de vent échevelait les empreintes du temps. Le temps flottait dans l’air, entrelacé à lui-même.

Il était là. J’y étais moi aussi.

– Je ne saurais le dire, arguai-je soudain. Pourtant, tu ne m’es pas inconnu.

– En effet, ouïs-je simplement.

Je l’observai, puisqu’ainsi il le fallait. Il était jeune et vieux à la fois. Beau et laid tout autant. Fort et faible. Triste et joie. Sa silhouette si fine projetait une ombre fruste. De son reflet si clair émanait un sombre éclat. De sa pénombre chatoyaient d’obscures lueurs.

J’y étais. Il était là lui-aussi.

– Un doute m’assaille, avouai-je. Tu es qui je pense?

– Tu y es presque, l’écoutai-je. À peu de mots près.

Il se saisit d’une écharpe qu’il fit ondoyer. Il évoqua le Ciel à coup de ténèbres. Il sourit, s’embrasa, puis s’émietta. À même le sol, il épousa une fleur d’un baiser. D’un souffle, il en fit naître de nouvelles. Nos coeurs se confondirent alors en un seul et même tambour.

Il n’y avait plus lieu pour nul doute. Je le reconnaissais, maintenant.

– Je sais qui tu es, annonçai-je.

– Moi aussi, répondis-je.

Time

Posted in N'importe quoi with tags , , on 16 juillet 2010 by JFR.Perras

Une horloge.
Insensible et cruelle.
Chaque battement d’aiguille suffit sa peine.
Elle tournoie lentement.
Très lentement et puis soudain elle s’arrête.
En fait, le temps semble s’être suspendu.
Tant les secondes perdurent.
Sortez moi de cette torture.
Une horloge.
Qui, au moment opportun, me libérera.

Signé ML