Archive pour Nouvelle

Tom – Tome 1

Posted in Tom with tags , , on 15 septembre 2010 by JFR.Perras

La tâche n’avait pas été de tout repos. Recommencer se révélait encore plus fastidieux. Mais, Tom n’avait pas le choix. Il devait valider le résultat de son calcul initial et ce, malgré la chaleur accablante sous le projecteur de 500 watts allumé pour la cause. Soigneusement, il s’affaira, au prix d’innombrables gouttes de sueur.

Enfin, déposant loupe et aiguille, il acheva sa besogne dans un soupir. Sans être l’exacte réplique du premier décompte, le second en confirmait néanmoins le sordide verdict. Au mieux, sa brosse à dent alignait 46 poils de moins qu’au moment de l’achat. Aucun doute ne subsistait dès lors : Le temps était venu de la remplacer.

Le ciel était bleu ce jour-là, et le soleil brûlait tranquillement au-dessus de Montréal. Tom s’extirpa de son appartement par la fenêtre du salon. Donner ses clefs à un voisin n’était finalement pas aussi commode qu’escompté. Depuis, il devait non seulement sauter du deuxième pour sortir, mais il dépendait dudit voisin pour entrer.

Bien que sa destination se trouvait à moins d’un kilomètre vers le sud, Tom emprunta le chemin du nord. De-là, il prit l’autobus pour aboutir au métro Jean-Talon, puis fila jusqu’à la station Fabre située juste devant la pharmacie. Même s’il triplait ainsi le temps du trajet, Tom savait qu’il épargnait très exactement 71 pas, savante économie pour ses godasses fabriquées au siècle dernier.

Les portes du magasin s’effacèrent à son approche. Sitôt entré, Tom arpenta les allées à la recherche des instruments de salubrité dentaire. L’hygiène se fragmentant en de multiples départements, il s’égara aux confins des dédales. C’est alors qu’il l’aperçut, derrière le comptoir pharmaceutique.

Elle était là, toute belle sous sa peau de sable poli. Jolie à ravir et délicieuse tout autant. De sa chevelure torsadée s’évadaient quelques mèches rebelles. De son profil émanait une délectable silhouette. De ses gestes découlait une fascinante jeunesse. De son regard s’échappait une sensuelle volupté.

Deux questions s’imposèrent alors :

Était-ce pour lui qu’elle avait revêtu ce flamboyant décolleté sous son sarreau ouvert?

Tom regrettait-il maintenant d’être toujours affublé de son pyjama?

À suivre…

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19 juillet 2012 – Chapitre 4

Posted in 19 juillet 2012 with tags , , on 4 août 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre4.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

« Lire le chapitre 3

Jeudi 1er juillet 2010, 13 h 52 

–          Franchement Oli, je ne comprends pas l’idée.

Son incrédulité, Jeremy l’évoque en transportant une lourde boîte vers le tout premier appartement de son ami. Il s’arrête au pied de l’escalier extérieur et poursuit sur sa lancée.

–          Tes parents sont plutôt cool pour des vieux. Ils ne te chargent pas de pension. Pourquoi tu viens t’installer ici pour quatre cents dollars par mois?

Olivier parcourt les quelques mètres qui le sépare de son ami. Le charriot qu’il tire contient le reste de ses affaires, maigre butin d’un garçon de 17 ans. Le temps se chargera sûrement de l’ensevelir sous les possessions. En attendant, il entend :

« …19 juillet 2012… »

À ses côtés, Jeremy ressasse toujours son incompréhension.

–          T’as juste une jobine à temps partiel et pas un sou de côté. Tu dois gagner à peine ce que ton loyer va te coûter. Pour la bouffe, tu vas faire quoi? C’est pas gratuit, tu sais.

–          Arrête! Je vais m’arranger. Et, Océane va m’aider.

Jeremy ne répond pas. Il se renfrogne même. Sans qu’il ne lui ait jamais dit ouvertement, Olivier sait qu’il jalouse son idylle. Depuis le temps, il n’a jamais osé se révéler à Édith, si bien qu’ils sont tous deux seuls, s’aimant sans se le dire pourtant.

« …19 juillet 2012… »

–          Pourquoi tu ne fais rien? Tu l’aimes. Alors, dis-lui. Elle n’attend que ça.

–          Ça, c’est toi qui le dis.

Du sablier s’écoulent alors quelques grains. Jeremy se détourne finalement et entreprend l’ascension qu’il arrête aussitôt.

–          En tout cas, dit-il, c’est cher payé pour s’envoyer en l’air. Moi, je me paierais un motel sur la 7ème pour trente dollars la nuit.

L’arrivée soudaine de Camille Provencher empêche Olivier de répondre à la sottise. Cette petite dame habite le premier étage du triplex dans lequel il emménage. Elle a 65 ans et les porte à ravir.

Vêtue d’un imperméable jaune, elle est chaussée de bottes de pluie bleues claires qui lui montent jusqu’aux genoux. Sur sa tête trônent des lunettes de plongée et un tuba. Dans sa main droite, elle tient une puise et, sous le bras gauche, un bocal rempli de têtards baignant dans une eau verte.

Camille est une étrange. C’est du moins l’étiquette qu’on lui accole au village. Malgré tout, son accoutrement a de quoi hébéter. Les deux garçons le sont d’ailleurs. Un long instant, ils restent sans voix, les yeux plus ronds qu’ils ne le devraient. Consciente de l’effet qu’elle provoque, Camille brise le silence.

–          Je reviens de la pêche aux têtards, clame-t-elle plus qu’elle ne le dit.

Pour étayer ses paroles, elle soulève et brandit fièrement le bocal où nagent une vingtaine de larves visqueuses.

–          La pêche a été bonne, conclut-elle.

Gêné par son mutisme, Olivier la salue d’un bonjour.

« …19 juillet 2012… »

Du coude, il secoue son ami toujours médusé. Jeremy bredouille quelques mots inaudibles.

–          Édith n’est pas avec vous, constate la vieille dame. Dommage, j’aurais aimé avoir des nouvelles de sa tante Miranda. Je lui ai donné un chaudron, vous le saviez? J’en ai d’autres, ne vous en faites pas.

Elle se tait. Un volatile bleuté virevolte dans le ciel. Elle l’observe, ébahie, comme s’il était pure merveille. Il tournoie au-dessus de sa tête et elle suit le mouvement. Il s’approche de son visage, l’embrasse presque, puis s’enfuit de par les airs.

–          Comment elle va Miranda? S’enquiert ensuite Camille, comme si de rien n’était. Elle était une élève douée. Ma meilleure. Quoique, j’y pense… je n’en ai jamais eu d’autres.

Elle parle pour elle-même. Elle se fait la conversation. Elle n’attend aucune réponse.

–          Enfin. C’est bien dommage son départ pour Montréal. Moi qui ne quitte jamais Saint-Colbert, je ne l’ai plus revue depuis longtemps ma Miranda.

Tout comme Jeremy, Olivier est embarrassé. Visiblement, la vieille Provencher n’a plus toute sa tête. D’un geste discret, il suggère une esquive en douce, mais Camille le regarde subitement, comme s’il venait d’apparaître dans le décor.

–          Et toi, tu es Olivier, mon nouveau voisin.

« …19 juillet 2012… »

–          C’est ça.

–          Je suis contente de te voir arriver. Il y a bien trop longtemps que ce logement est vide. Un problème d’odeur à ce qu’il paraît. Moi, je n’ai plus de nez depuis 72. Je ne peux pas savoir. Mais, je vous le demande, qui voudrait d’un appartement qui empeste?

Elle monte quelques marches, se retourne, s’approche d’un pas et se courbe vers l’avant, conspiratrice.

–          Si vous voulez mon avis, chuchote-t-elle, ce doit être monsieur Béliveau du troisième. Il n’est plus très propre à son âge.

–          Je n’ai rien senti.

–          Tant mieux! s’exclame Camille en se redressant brusquement, éclaboussant ainsi l’escalier par l’eau de son bocal. Et bienvenue à toi.

Elle fait volte-face, puis entre chez elle sans plus mot dire. Le duo demeure stupéfié en la regardant disparaître.

–          Wow! Elle n’est pas bien la bonne femme.

–          Ouais. Méchant phénomène.

« …19 juillet 2012… »

À suivre…

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19 juillet 2012 – Chapitre 3

Posted in 19 juillet 2012 with tags , , on 14 juillet 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre3.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

« Lire le chapitre 2

Jeudi 19 juillet 2012, 5 h 24

Le lac du Soleil Tournant doit son nom au phare qui le borde, faux vestige d’un passé naval inexistant, érigé sous le règne du maire Roberval. Bernard Beaumont est au pied de l’imposante structure. Comme tous les matins depuis sa récente retraite, il lance des bouchées de pain aux canards.

Il est très tôt et personne à part lui ne semble éveillé. Tout le village dort. Bernard n’est plus capable de dormir. Il se sent amer. Il se sent vieux. Il est sale et pouilleux. Il ne s’est ni rasé, ni lavé ce mois-ci. À quoi bon? La vie n’est qu’une salope de toute manière. Être propre n’y changerait strictement rien.

Bernard a cinquante-six ans. Il ne lui reste plus rien. Son compte en banque est à sec. Sa maison tombe en ruine. Sa voiture refuse de démarrer. Sa femme s’est envolée. Quant à son fils, il ne donne plus de nouvelle depuis trois ans. Pour le vieil homme, les jeux sont faits, rien ne va plus.

Jusqu’à tout récemment, il tenait un restaurant à Saint-Colbert de la Montagne. Un fast-food offrant cholestérol et liqueurs diverses. Sans le rendre riche, l’endroit lui a déjà permis de bien vivre. C’était avant la croisade santé du gouvernement fédéral. Le peuple préfère maintenant une salade sèche à un hot-dog graisseux. « La Bouffe à Bernard » n’était donc plus au goût du jour. Bernard lui-même n’a plus le goût de voir le jour.

Posté au bord du lac, un sac de pain à la main, il repense à sa débâcle. Son visage se crispe de douleur. Soudain, il frappe le vide de son pied. Les canards s’éloignent. L’homme s’emporte.

–          Ah non! Vous allez pas m’abandonner vous autres aussi? Espèce de rapaces!

Il se penche et s’empare d’un caillou qu’il fait mine de lancer. Certains volatiles s’envolent, les autres s’éloignent un peu plus.

–          Je vous fous la trouille, beugle Bernard en s’élançant de nouveau. Vous ne perdez rien pour attendre. Vous allez voir de quoi je suis…

–          Bonjour, Monsieur Beaumont.

Toujours armé et prêt à dégainer, l’ancien restaurateur se retourne brusquement. Il abaisse son bras en reconnaissant le jeune Delisle, fils de l’un de ses amis d’antan.

–          Olivier. Mais qu’est-ce que tu fais dehors à cette heure?

Difficilement, il esquisse l’ébauche d’un sourire.

–          Tu viens voir le monstre du lac? ajoute-t-il en se désignant.

–          Non. Je prends une marche. Je n’arrivais plus à dormir.

–          T’en fais pas le jeune. C’est tous les jours comme ça pour moi.

Le silence s’installe. Ils se regardent l’un l’autre. Bernard sent les restes de sa fierté faire un effort louable pour remonter à la surface. D’une main maladroite, il rectifie sa tenue histoire de mieux paraître. Olivier, lui, dissimule sa pitié derrière un sourire. Au bout d’une minute, il parle. 

–          C’est dommage la fermeture de votre resto, note-t-il. J’aimais bien manger chez vous.

–          Ben… J’avais plus le choix. Pis, valait mieux que j’arrête avant de pisser dans la bouffe des clients.

Olivier s’esclaffe joyeusement avant d’admettre la justesse du propos. Il se calme et reprend sa route.

–          Je vais y aller, annonce-t-il. Une bonne journée à vous Monsieur Beaumont.

–          C’est ça… Une bonne journée le jeune.

Bernard regarde Olivier s’éloigner vers la montagne, admirable vue d’ici. Tout en faisant sauter dans sa main le caillou qu’il tient toujours, il attend de voir disparaître le garçon au coin de la rue Sir William. Il se retourne ensuite vers le lac où les canards se sont regroupés assez loin pour être hors de portée de tir.

Calmé, le monstre jette son projectile au sol et recommence à lancer du pain à l’eau. Craintifs, les oiseaux demeurent sur leur position.

–          Vous osez plus approcher, constate Bernard. Venez. Je vous ferez pas de mal.

Il fait un pas en avant. Le sol cède sous son poids. Celui qui n’a plus que dédain pour la vie, lutte pour ne pas tomber. Il vacille toutefois et perd la bataille. Il s’écroule. Sa tempe droite heurte un rocher à peine visible à la surface de l’eau. Bernard roule sur lui-même. Il s’immobilise, inconscient, la tête complètement submergée.

Les canards s’offrent alors une envolée en file indienne, un éclair silencieux jaillissant de leur sillage.

Chapitre 4 »

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19 juillet 2012 – Chapitre 2

Posted in 19 juillet 2012 with tags , , on 7 juillet 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre2.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

« Lire le chapitre 1

Jeudi 19 juillet 2012, 4 h 43

Le jour entendu est arrivé.

« …19 juillet 2012… »

Olivier est allongé sur son lit. En quatre ans, il n’a pas quitté Saint-Colbert de la Montagne. Mais, il habite maintenant au 3131 rue de la Cour, appartement 14. C’est chez lui et non chez ses parents. Étendu, les yeux ouverts, Olivier guette l’obscurité.

La voix s’est tu dans sa tête. Elle ne scande plus sa tirade. Ce silence est une douce musique, sans note ni accord. Néanmoins, Olivier reste immobile, méfiant.

Au départ, lorsque la voix est apparue, Olivier a d’abord cru que son cerveau disjonctait un brin. Comme les traces d’acné sur son visage, elle finirait par disparaître tout bonnement. Cette réflexion épousait une philosophie chère aux adolescents : l’insouciance.

En décembre 2008, alors que le phénomène persistait depuis quelques mois, l’inquiétude surgit. Ce n’était sûrement pas normal tout ça. Un écho sorti de nul-part et qui se répercute sans cesse. Troublant, à bien y penser. Et, pourquoi le « 19 juillet 2012 »? Devait-il craindre ou espérer cette date? En somme, que lui annonçait l’envahisseur? Car oui! La voix l’envahissait.

Olivier était possédé par elle. Dépossédé d’une part de lui-même. Elle était débarquée, s’était installée à son aise, s’incrustant en lui comme s’il ne s’appartenait plus. Il la percevait dorénavant comme l’intruse. L’ennemie à abattre.

–          La faire taire! Je dois la faire taire! se répétait-il.

De vaines solutions se succédèrent alors. La musique jouant à tout rompre. Les séances de méditation. Jouer du tambour contre le mur avec sa propre tête. Les positions de yoga réputées pour libérer l’esprit. Les prières à ce Dieu qu’il ne connaissait pas. Tant de mal et rien n’y fit. L’ennemie maintenait son emprise, élevant la voix au besoin.

Vers la fin de l’année scolaire 2009, Olivier se résigna. Tant qu’à l’entendre cette voix, autant la supporter. Il décida de ne plus la percevoir comme une plaie et accepta docilement sa présence. Après tout, elle était née lors d’un baiser qui fut le premier d’une série incalculable. Elle était certainement prophète de temps heureux.

En ce jour entendu, Olivier n’est plus certain de ce verdict. Il n’ose toujours pas se lever. Il veut d’abord s’assurer que le monde tourne toujours rond. Sans un mouvement, il observe.

Les premiers rayons du soleil percent les rideaux. L’odeur ambiante est normale. Ses vêtements de la veille traînent à l’endroit habituel. Le désordre du placard empêche les portes d’être closes. L’unique plante de la pièce a soif pour mourir et aucun zombie ne s’empiffre de son cerveau. Tout est donc comme il se doit de l’être.

Il est 4 h 57. La lumière du jour n’en finit plus de poindre. Olivier bouge les doigts de sa main gauche et évalue les conséquences du geste. C’est le calme plat. Il ose glisser une jambe à l’extérieur du lit. Toujours rien. Lentement, il s’extirpe de ses draps sans déceler de répercussions. Le calme perdure, l’anxiété s’estompe. Olivier est maintenant debout. Le réveil indique 5 h 01.

Rassuré, le jeune homme s’avance vers la porte entrouverte qui donne sur le salon. Il la pousse et examine la pièce ainsi dévoilée. Rien d’anormal, sauf peut-être Philibert. Habituellement impatient de se faire nourrir, il ne bouge pas d’un poil. Il fixe son maître de son regard jaune. Un regard abruti, comme seul un chat peut zyeuter. Manifestement, il est trop tôt pour la bête.

Un bruit de pas se fait entendre à l’étage supérieur. Locataire et concierge de l’immeuble, Armand vient apparemment de se lever. La vie s’ébranle donc comme chaque matin précédent.

Il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure, décide alors Olivier. Il commence sa préparation matinale par une douche fraîche d’où il sort en moins de cinq minutes. Habillé en moins de deux, il ouvre une boîte de thon pour le chat qui la dédaigne. Toujours boudeur, l’animal refuse même une caresse de son maître.

À 5 h 23, Olivier chausse ses sandales, prend une pomme dans le panier à fruits et s’aventure dans la jeune matinée.

Chapitre 3 »

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19 juillet 2012 – Chapitre 1

Posted in 19 juillet 2012 with tags , , on 30 juin 2010 by JFR.Perras

Pour Guillaume : [Audio http://sd-2.archive-host.com/membres/playlist/128700424214723347/Chapitre1.mp3|leftbg=0x333333|lefticon=b0b0b0|rightbg=0xb0b0b0|rightbghover=333333|righticon=333333|righticonhover=0xFd5a1e|track=0xB0B0B0|text=0×333333|border=333333|loader=0x333333|bgcolor=000000]

Samedi 11 octobre 2008, 15 h 12

Océane Petit-Jean a en ce jour quinze ans. Dans le village de Saint-Colbert de la Montagne, elle est la plus ravissante demoiselle de son âge. Sa rousse chevelure rappelle la lune lorsqu’elle s’habille d’orange. Son visage flamboie comme le reflet d’un soleil. Ses yeux scintillent tels des joyaux. Des émeraudes, dirait-on, verdoyants lorsqu’un rayon les traverse. En somme, Océane miroite autant que le laisse entendre son nom.

Olivier Delisle a lui aussi quinze ans et demeure dans le même village. Il est plutôt séduisant, bien que d’un physique quelconque. Ses cheveux sont bruns et il les porte en bataille. Sans être svelte, il n’est pas gros non plus. Sa peau bourgeonne de temps à autre et son nez souffre d’un léger embonpoint. Somme toute, Olivier est un garçon ordinaire. Mais, de petites commissures apparaissent sur ses joues lorsqu’il sourit. De jumelles fossettes lui conférant un charme certain.

En ce moment, ils sont tous deux au Repaire, une cabane perchée sur un saule pleureur, en plein cœur de la montagne. Avec leurs amis Édith et Jeremy, ils ont construit ce refuge il y a quelques années. L’endroit est depuis l’emblème du quatuor. Sa porte de bois est d’ailleurs ornée de leurs initiales, gravées à la pointe d’un canif.

Demoiselle à la noire tignasse, Édith est absente aujourd’hui. Elle est chez sa vieille tante de Montréal. Cette dame, Miranda de son prénom, frôle la mi-cinquantaine. Sa nièce l’apprécie vraiment, malgré ses quelques excentricités. Condamner une pièce d’un logement pour en faire un jardin n’est pas exactement conventionnel. Mais bon. Édith n’en a que faire. Elle aime sa tante et voilà tout. Elle la visite d’ailleurs plusieurs fois par année.

Petit blondinet fort sympathique, Jeremy est ailleurs lui aussi. Souvent, il aime se rendre à la bibliothèque. Il y lit certainement quelques livres, mais Olivier le soupçonne de faire de l’œil à la bibliothécaire. Stratagème immémorial : séduire la mère pour atteindre la fille. Dans le cas présent, la fille de la mère se nomme Édith. Aux yeux d’Olivier, c’est clair comme de l’eau de roche, tout comme ses propres sentiments sont limpides.

Il est seul au Repaire, avec Océane. Depuis un moment, tout n’est plus pareil lorsqu’il la regarde. Il se délecte de la moindre parcelle de peau qu’elle laisse entrevoir. Il s’enivre de son odeur, celle d’un quartier de pomme saupoudrée de grains de sucre. Pour elle, il ressent un bourdonnement d’abeille qui parfois lui pique le cœur. Ça ne fait pas mal, oh ça non! La sensation nouvelle est agréable, voire enivrante. Selon lui, il est amoureux.

Seul avec elle, il s’apprête à tenter une approche. Il ne sait que faire. Il veut l’embrasser, peut-être glisser une main sous son chandail. Pourtant, il demeure immobile, outre de légers tremblements qui accompagnent sa nervosité. Il est à peine conscient de ce qu’elle raconte. Toute son attention est portée sur cette bouche qu’il veut déguster, et non sur les paroles qu’elle prononce. Océane éveille le moindre pore de sa peau. Toutefois, Olivier est littéralement paralysé.

Il ferme les yeux; se livre bataille à lui-même pour se convaincre d’agir. Il se voit la faire taire d’un doigt délicatement posé sur sa bouche, puis s’approcher…

–          Ça va Oli? demande soudain Océane.

Il ouvre les yeux, embarrassé.

–          Oui… Je n’ai pas l’air d’aller?

–          Et bien. Je ne sais pas. Tu ne m’écoutes pas on dirait.

Non loin, un épervier se pose sur la branche d’un arbre. C’est alors qu’Olivier se décide à bouger. Il s’installe non plus face à son amie, mais à ses côtés. Il accompagne le mouvement de ces paroles :

–          Non, non. J’ai juste un peu froid. Et…

Il se tait.

Vingt centimètres le séparent maintenant des lèvres convoitées. Il est plus près d’elles que jamais jusqu’alors. Il prend une grande bouffée d’air. Il touche la joue d’Océane. À son tour, elle respire profondément. Son regard d’émeraude semble comprendre et ne point s’objecter.

–          Embrasse-la, se dit Olivier.

Il est incapable de s’obéir. Il est complètement figé. On lui aurait dit «statue», qu’il ne l’aurait pas été davantage. Au final, contre son propre gré, il s’entend dire :

–          Écoute Océane… Je… Et bien…

Doucement, elle pose un doigt sur sa bouche pour l’interrompre.

–          Fais-le Olivier, susurre-t-elle seulement.

Leur regard s’embrassent d’abord. Enfin, Olivier dépose ses lèvres sur les siennes. Un éclair muet déchire le ciel au même moment, en cette journée pourtant ensoleillée. Certains l’aperçoivent depuis la métropole. Le baiser perdure, s’intensifie. Il est savoureux.

À cet instant précis, pour la toute première fois, mais non la dernière, Olivier entend une voix dans sa tête; une voix qui lui dit et lui répétera jusqu’au jour qu’elle annonce :

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